Vendredi 21 août 2009
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Le cas de Caster Semenya, la Sud-Africaine qui a dominé mercredi le 800 m des championnats du monde d’athlétisme à Berlin, n’est que le dernier d’une longue série
de controverses sur le sexe de certaines championnes. A 18 ans, la reine du double tour de piste a, il est vrai, un physique masculin et une voix rauque et grave qui entretiennent un doute aussi
vieux que le sport.
Sa victoire pourrait être remise en cause s’il s’avérait que sa féminité est douteuse et l’IAAF a reconnu avoir demandé des éclaircissements à la fédération sud-africaine. Questionnée à ce
propos, Semenya a répondu avec le sourire, selon son entraîneur Michael Seme, qu’elle était prête à exhiber les preuves de son sexe, revenant aux pratiques antiques où l’athlétisme se pratiquait
dans le plus simple appareil…
Les premières polémiques sur le sexe des athlètes remontent aux années 30 et notamment aux Jeux de Berlin (déjà..), où beaucoup d’historiens pensent que la véritable championne olympique du 100
mètres fut la quatrième, l’Allemande Marie Dollinger.
Sacrée aux Jeux de Los Angeles en 1932 et deuxième à Berlin, la Polonaise Stanislawa Walaziewiz était un homme. Devenue américaine sous le nom de Stella Walsh, elle
fut assassinée lors d’un cambriolage en 1980 et l’autopsie révèla qu’elle avait des organes sexuels masculins, même si les tests chromosomiques ne furent pas concluants. On estime aujourd’hui
qu’elle était un exemple de “mosaïcisme” (pour simplifier un état dans lequel chromosomes mâles et femeles cohabitent).
A Berlin, elle fut battue par l’Américaine Helen Stephens, qui dut subir après la course un test de féminité aussi simple qu’humiliant. Un doute plana également sur la médaillée de bronze,
l’Allemande Kath Krauss.
Trente ans plus tard, une autre Polonaise, Ewa Klobukowska, repoussera les limites du 100 mètres avant d’être écartée pour « féminité insuffisante » lors des premiers et très controversés «
contrôles de genre ».
Le 800 mètres, épreuve où brille Caster Semenya, fut également l’objet de nombreux cas litigieux. L’actuelle détentrice du record du monde de la spécialité, Jarmila Kratochvilova, fut longtemps
et reste aujourd’hui encore soupçonnée à tout le moins de dopage pour ses incroyables 1’53″68 qui tiennent depuis 26 ans. A l’époque, journaux et spécialistes estimaient que la Tchèque, qui ne
fut jamais confondue, avait une morphologie impossible pour une femme.
Tests controversés
Dès 1934, un(e) compatriote de Kratochivolva, Zdena Koubkova, première “femme” à passer sour les 2’15 » au 800 mètres, s’avéra être un homme.
La Mozambicaine Maria Mutola, qui s’entraînait également en Afrique du Sud, avait également un physique assez peu féminin et fut souvent victime du délit de facies.
Dans les années 60, les soeurs soviétiques Tamara et Irina Press, qui collectionnèrent cinq titres olympiques, firent naître rumeurs et soupçons et refusèrent de se plier en 1966 à des tests de
féminité.
Selon Jean-Pierre Mondenard, aux Jeux de Tokyo, 26,7% des championnes olympiques d’athlétisme n’étaient pas des femmes stricto sensu.
La France ne fut pas épargnée par ces erreurs d’appréciation. Monique Berlioux évoquait le cas de la Française Léa Caurla, qui domina le sprint féminin dans les années 40 et devint Léon Caurla à
la fin de sa carrière. Monsieur Caurla effectua son service militaire et devint père de famille. A l’époque, sa principale adversaire était une certaine Claire Bressolles, qui devient également
père de famille sous le prénom de Pierre.
A l’inverse, avant les Jeux de Sapporo, la skieuse Françoise Macchi échouera au test chromosomique alors en vigueur. La jolie Françoise était bel et bien une femme. Elle forma un beau couple et
une belle famille avec le grand slalomeur Jean-Noël Augert. Les tests de féminité proprement dits, lancés en 1948 par la fédération d’athlétisme britannique puis modifiés à la fin des années 60 –
tests chromosomiques, test de Barr ou de chromatine sexuelle instauré en 1968 -, ont été abandonnés par l’IAAF en 1992 parce que jugés peu fiables et juridiquement contestables et c’est désormais
un comité d’experts qui tranche dans les cas litigieux. Le CIO a également suspendu les contrôles de genre en 1999, pour les mêmes raisons.
A lire : Sport et Genre de Thierry Terret (L’Harmattan) et les nombreux articles de Jean-Pierre de Mondenard sur la question.
Source et date de l'article LeMonde.fr 19.08.09
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